Les malheurs de Katia

 



Quelle idée pouvais-je bien me faire de la Russie le 14 mai 1960 après avoir été voir au cinéma de Colombes « Katia » ?

Ce film serait certainement tombé complètement dans l’oubli s’il n’avait pas bénéficié de la collaboration d’acteurs de premier plan tels Curd Jürgens et Romy Schneider dont les visages respirent la jeunesse, la gloire et toute la brillance artificielle dont était capable le cinéma de ces années-là.


La notice qui concerne ce cinéaste est par ailleurs explicite sur le cosmopolitisme qui sous-tend sa vie : « C'est en Allemagne que le maitre du film noir Robert Siodmak, issu d'une famille polonaise, passe son enfance. Petit-fils du rabbin Abraham Siodmak, père de 21 enfants, et fils de l'inventeur Ignatz Siodmak, le jeune Robert est un élève de niveau médiocre. Après avoir été à l'université, il fait un peu de théâtre puis devient banquier dans les années 20. C'est en signant les intertitres allemands de films muets américains puis en assistant le réalisateur Curtis Bernhardt qu'il découvre le monde du cinéma. C'est en 1929 que Robert Siodmak réalise -avec Edgar G. Ulmer - son premier fait d'armes pour le cinéma. Il s'agit du moyen métrage muet « Les Hommes le dimanche », à la fois chronique de mœurs et documentaire dont le scénario est co-signé par Siodmak, son frère Curt, ainsi que... Billy Wilder et Fred Zinnemann ! Le film, œuvre majeure du cinéma expressionniste lance la carrière de Siodmak qui signe un contrat avec UFA, le grand studio d'outre-rhin, pour lequel il signe notamment les films Adieux et Tumultes... »

Inutile de dire que cet environnement complexe qui se déploie dans une Europe en attente d’une nouvelle guerre mondiale, puis dans les ruines du conflit, m’a totalement échappé à l’époque !

Je me suis plutôt attaché aux visages de trois des acteurs et aux décors somptueux !

J’écris :

« Le film se passe en Russie à l’époque du Tsar Alexandre II. A l’occasion de l’exposition universelle il rend visite à Napoléon III. Malheureusement, il est victime d’un attentat. Une bombe lancée d’une fenêtre va le frapper sans le tuer.

C’est dans la foule que des complotistes le tueront à Saint Petersbourg quelques années plus tard. 

Il venait de se marier avec Katia car sa femme, la tsarine dont elle était devenue dame de compagnie était morte. Tout est ainsi fini pour Katia, victime de la cruauté et de la jalousie du ministre de la Police joué pat Pierre Blanchard. »  



Je ne suis pas certain d’avoir tout compris sur le moment, ni réalisé ce que ce film de 1958 pouvait signifier dans l’ambiance d’une Europe profondément fracturée où la Russie avait engendré l'URSS.

Mais j’avais reçu une bonne dose de romantisme. J’étais alors près pour m’enthousiasmer à « Autant en emporte le vent » (au Grand Rex avec son ciel étoilé, vingt ans après sa sortie américaine) ou pour « Le Guépard » (sur les Champs Elysées en 1964) qui constitueront d’autres grands moments de ma filmographie adolescente.

Il s’agissait aussi de « cadeaux » que mes parents m’accorderont pour me récompenser de bons résultats scolaires. Très précisément la réussite au baccalauréat pour la saga sicilienne. 

En revanche, pour la saga américaine, j’avais omis de leur montrer au préalable mon dernier bulletin de notes qui était plutôt médiocre.

Mais ils m’ont pardonné.

Les parents c’est comme ça ! Ils étaient aussi heureux que moi de voir ces films qui les sortaient de l’ordinaire !

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