Faire le Tour du Monde : La Foire de Paris
Je n’arrive pas à avancer très vite dans la lecture
du carnet N°2, car le mois de mai 1960 se révèle plein d’activités parisiennes.
L’une d’entre elles devrait revenir régulièrement
dans les carnets suivants car j’appréciais particulièrement ce rendez-vous
annuel qui m’amenait avec mes grands-parents paternels vers la Porte de Versailles
où se déployait, comme un ensemble d’attractions remplies de trésors, la populaire
Foire de Paris.
Heureusement que j’ai écrit sur cette journée du
jeudi 19 mai 1960 que je qualifie de « mémorable » et qui
méritait un petit dessin car, à part quelques gadgets comme l’appareil à
retirer les bouchons qui ont malencontreusement glissés dans la bouteille au
lieu d’en être extirpés par le tire-bouchon, toutes les inventions du Concours
Lépine collectionnées avec ferveur par mon grand-père Penette, il ne reste aucune
photographie dans les archives familiales.
J’y suis resté
ce jour-là de dix heures du matin jusqu’à six heures dans l’après-midi.
Si ce n’est pas de la passion !
« Nous avons visité ce matin la partie où se
trouve le Palais des Nations…avec des très beaux tapis d’Italie, des sculptures
sur marbre, des vases et des bijoux en or. La Belgique montrait des photos de l’expode 58 à Bruxelles, l’Autriche exposait du matériel agricole et l’espace de
Monaco était plein de plantes grasses et de fleurs. L’Allemagne de l’Ouest avait
apporté ses réalisations technique, l’URSS ses slogans, la Tchécoslovaquie fière
de ses avancées mécanisée, le Maroc faisait sentir ses agrumes et enfin, la
Hollande se présentait avec des roses, des tulipes et des fromages. »
Comme on voit, pas besoin de voyager ! Les pays affichaient leurs pires clichés...qui constituent avec le recul une sorte cde stratigraphie historique.
Mais heureusement que mes parents et grands-parents
ne se sont pas contentés de m’offrir seulement des voyages virtuels et
imaginaires.
Autre fascination : la radio… « Enfant
de la radio ». Je l'ai écrit en 2013.
Je confirme combien, dans un monde sans télévision,
la radio constituait pour mes parents (Radio Luxembourg et les chaînes
nationales) et pour moi (très vite les ancêtres de France Culture, Inter et
Musique que j’ai enregistrés dès que j’ai eu un magnétophone) une ouverture vers
l’extérieur, au-delà de Colombes ou de Paris.
Fascination pour « les postes à transistors Grammont,
très petits – deux fois la taille d’une boîte d’allumettes -, tourne-disques et
meubles pour disques. »
Je dis bien : meubles, car le poste à lampes de
mes grands-parents constituait avec sa platine pour les 78 tours noirs un
véritable meuble !
Ces années soixante inauguraient la mobilité sonore !
Dernière fascination :
« Nous sommes
sortis par le nouveau Palais des Sports où nous avons pu voir une rétrospective
des voitures Peugeot, des plus vieilles jusqu’à la nouvelle 404 magnifique
réalisation moderne et d’une très belle ligne. »
« Déjeuner au Buffet de la Gare Montparnasse…copieux et très bon ».
En bon cheminot,
mon grand-père connaissait tous les buffets de gares…et leurs serveurs et pas
seulement ceux de la Gare Saint Lazare où il travaillait, mais aussi ceux des
grandes gares de l’ancienne Compagnie Paris-Ouest (P.O.) où il avait commencé
comme comptable dans la gare où travaillait son père.
Ma grand-mère nous ayant rejoint en début d’après-midi
« nous avons fait les stands des Charbonnages de France, du Gaz de France
ainsi que la RTF…sans oublier les stands des fabricants d’appareils photos, le
salon de la librairie, des maisons régionales et enfin le Palais des vins qui
jouxtait la partie consacrée aux arts ménagers. Après un goûter, l’espace des
grands pépiniéristes français et celui du tourisme où se trouvait l’espace de
la Communauté européenne. »
Autrement dit : une encyclopédie vivante à
portée de mains !
Le lendemain vendredi Monsieur K était reçu à Berlin dans
le contexte de la « Crise de Berlin (1958-1963) » et bénéficiait
d’un « …meeting monstre » !
J’ai déjà évoqué sa visite en France au mois de
février précédent…dans le contexte des tentatives de médiations du Président
français.
Le samedi serait plus musical, mais j’y reviendrai !
Petite et grande histoires mêlées dans mes carnets.
A quatorze ans, je puise autour de moi quelques clefs de connaissance du monde !
Nous n’étions pas encore submergés d’informations
immédiates et consommables pour quelques heures.
Même l’actualité s’inscrivait à cette époque dans le temps long ! La Guerre Mondiale précédente n'était pas si éloignée. Elle restait dans les têtes et pour s'en débarrasser, quoi de mieux que la consommation moderne et l'innovation !
L'avenir, autrement dit.
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