Un pas de danse...et puis s'en va




Je l'avais annoncé dans le post précédent : la semaine se termine, le samedi 21 mai 1960, par une soirée à la Salle Pleyel où se trouve le siège des activités musicales des jeunes.

"Je suis allé voir les ballets classiques présentés par Charles Imbert (journaliste musical connu à l'époque) et Serge Lifar qui nous ont expliqué les origines et l'histoire de la danse académique. 

Parmi les ballets présentés dans la soirée qui a suivi l'avant-première de l'après-midi : La mort du cygne (dans la chorégraphie du maître) et un recueil de mouvements sur une musique de Chopin. Puis, en costume et pourpoint violets, il a commenté "Aubade", ballet retraçant l'histoire de "Diane surprise au bain par un chasseur" avec le transformation dudit chasseur en cerf." 

C'est seulement aujourd'hui, en relisant mon texte, que je me souviens que cette musique de ballet a été composée par Francis Poulenc, un musicien néo-classique dont j'apprécierai tant les oeuvres dans les années soixante-dix et pour lequel je garde une grande admiration.



"Puis vient "Atala" sur l'Ouverture d'Eleonore de Beethoven." 

Encore une histoire antique sur la délivrance d'un croyant offert à une idole "barbare", mais où les héros sont séparés par la mort. 

J'en saurai plus dans mes cours de français quand viendra le temps d'apprendre les poèmes de Monsieur de Chateaubriand.

Je note ensuite le final par une suite en blanc sur une musique d'Edouard Lalo, une chorégraphie créée en 1946 avec une liste impressionnante de danseurs que je retranscris scrupuleusement et où je relève beaucoup de noms d'origine russe - que je suis incapable de déchiffrer à cause d'une écriture au stylo rouge trop serrée - et la danseuse Lycette Darsonval. "Le tout accompagné au piano par Jacqueline Emery."

Sacrée soirée, comme on dira plus tard à la télévision !



Je ne sais pas si mes grands-parents m'ont accompagné par devoir ou si, pour partie, c'est l'actualité récente qui les a marqués, car la danse et la musique classique n'étaient pas vraiment leurs plus grandes priorités. 

Mais je leur dois tant d'occasions merveilleuses où ils se sont vraiment dévoués à supporter des spectacles pour lesquels ils ne se seraient jamais déplacés sans moi, même s'ils étaient curieux par nature.

Pour être tout à fait honnête, cette actualité m'avait aussi marqué par son caractère parfaitement anachronique : un duel remontant à l'année 1958 opposant deux maîtres du ballet : Serge Lifar et le Marquis de Cuevas !



Rétrospectivement, la vidéo de l'INA vaut d'être visionnée.

C'est dans les archives du journal "Le Monde" que je retrouve des explications :   

"Il n'était un secret pour personne dans les milieux de la danse que " le torchon brûlait " depuis deux jours entre l'Opéra et le marquis de Cuevas. Celui-ci était bien décidé à afficher à son premier 'spectacle Noir et Blanc, qu'il estimait avoir acquis en 1947 en " rachetant " l'ancienne troupe monégasque et son répertoire. Et l'Opéra, estimant trop grande la similitude de Noir et Blanc avec Suite en blanc, s'opposait à cette présentation. Entre les deux, vaguement en délicatesse avec l'administration de l'Opéra, mais toujours officiellement maître de ballet, heureux d'être remis en vedette sur la scène des Champs-Élysées mais tenant par-dessus tout à celle de l'Opéra, il y avait Lifar. Celui-ci, qui avait consenti à ce que Noir et Blanc fût répété par la troupe du marquis de Cuevas ces derniers temps, sur la pression sans doute de ses supérieurs hiérarchiques, s'était hier ravisé. Il avait même, à ses propres dires, posté des huissiers dans la salle - une salle très brillante, où les altesses royales côtoyaient les ambassadeurs et les ministres."

Vous avez dit anachronique ? 

Il faudra de fait attendre 1967 pour "admirer" l'humour des images du "dernier" duel officiel sur le territoire français. Il opposera Gaston Deferre, le maire de Marseille et René Ribière, député du Val d'Oise.

Et il me faudra attendre une année, juste avant la rentrée des classes, pour aller voir la compagnie du Marquis au Théâtre des Champs-Elysées, à l'occasion du premier spectacle où Rudolf Noureev, transfuge de l'URSS, peu de temps auparavant, conquiert le public parisien. 

  

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

22 et 23 novembre 1960. Des journées musicales.

Vers Lourdes, l’Espagne et un autre pèlerinage familial les 21 et 22 août

7 et 8 janvier 1961. Entre rugby et Référendum.