En continuant le voyage : de la soirée du mercredi 17 au vendredi 19 août 1960
« Journée passée entièrement à Mont-de-Marsan pour visiter la ville : les arènes de Plumaçon, le vieux pont du théâtre sur la Midouze, les rues pittoresques, une vieille caserne… » « Nous avons mangé du foie gras d’oie (était-ce la première fois – sans jeu de mots ?) et du poulet aux olives.
Après ce
déjeuner trop copieux (pour moi en effet, pas pour mon grand-père), nous avons évité un orage furieux, résultat d'une température lourde qui dépassait les 30°c. »
La journée du vendredi
ressemblait fort à la précédente, mais en fin d’après-midi « nous avons
pris le train pour Sauveterre jusqu’à Maubourguet. »
C’est en taxi que nous
avons rejoint la ferme familiale où nous attendaient ma marraine et son mari et
un repas où je note en insistant que le pâté de campagne était « extraordinairement
bon ».
Je ressens - ne
serait-ce qu’en raison de photographies et d’un tableau qui ont suivi mes
déménagements – comme une sorte de liaison avec un lieu gardé et protégé.
Hors du temps, en
quelque sorte :
« La verdure, les
troupeaux de vaches et de moutons libres dans cet espace reculé, l’horizon des
montagnes, perçu un peu comme une limite aux dessins ou aux peintures qu’un
chevalet aurait pu recueillir, des paillons et des insectes inconnus et une
nuit étoilée, sans aucun bruit, permettant de suivre la voie lactée, Campo Stella
et le passage des premiers satellites, issus de cette compétition
russo-américaine que j’avais découverte deux années plus tôt à Bruxelles grâce
à l’expo 58 où les pavillons des deux nations engagées dans la Guerre Froide rivalisaient. »
En retrouvant ces
notes, je ne peux pas éviter de reprendre certains commentaires que j’avais
écrits en 2017 dans le « Groupe famille facebook » en
redécouvrant les photographies de ce berceau familial de la famille Penette et
d’y superposer ma visite de 1960 avec celle de mon père, quarante années plus
tôt, dans ces années où il s’apprête à quitter la campagne de la Brie, pour
rejoindre la banlieue nord de Paris.
Il accompagne son beau-père dans cette ferme où il monte à cheval.
Il change totalement ses habitudes alimentaires et s’inscrit timidement dans une famille qui parle avec un accent oscillant entre le français chantant, l’occitan et le béarnais.
Les chevaux, comme le montrent les illustrations, ne ressemblent pas à des bêtes de labour, mais plutôt à des chevaux de cavalerie.
Animaux peut être réformés après la guerre et montés avec dextérité par mon grand-père Penette qui avait fait la fin de la guerre comme cuirassier.
Cette carte postale à l’orthographe incertaine est envoyée à sa mère et sa grand-mère qui n’ont pu quitter la ferme boulangerie en plein été, au moment où le travail est à son climax.
Il est clair que les dernières phrases ont été rédigées par un adulte.
Par la clarté de ce témoignage qui a heureusement échappé après un peu plus de cent ans à l'usure des objets quotidiens, je ressens une incertitude sur l’avenir,
une timidité effarouchée que j’ai moi-même éprouvée dans cette même cour,
ouverte sur la nature terrestre prédominante et le ciel infini.
Nature dangereuse peut-être ? A mes yeux d'enfant, certainement !
Il y évoque également sa "tante" qui deviendra ma marraine.
Mon histoire familiale prend ainsi un raccourci émouvant que ces carnets rendent d’autant plus précieux.
Ils m'invitent à remonter le temps pour rejoindre au plus vite les horaires d'un lycéen curieux, plus assuré de lui-même dans sa banlieue.
Mais le voyage est loin d'être terminé !
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