Deux anniversaires. Les 10 et 11 novembre 1960. Entre Spirou et Bertolt Brecht.


Clichés Maison Jean Vilar.


Si le premier anniversaire que j'évoque est particulièrement personnel : celui de la création de mon carnet journalier - un an déjà -, le second est bien entendu en rapport avec la journée de Toussaint.

En attendant le jour de congés, tous les cours du jeudi se sont enchaînés sans accrocs : français (une des promenades solitaires de Jean Jacques Rousseau), composition d'allemand, cours d'anglais consacré à la Guy Fawkes Night du 5 novembre dernier et pour terminer, une séance de géographie sur la "cohérence des zones côtières de l'Europe". Après un tel menu chargé, l'après-midi était heureusement consacrée au sport  : basket et passe à dix. 

Du coup, je suis rentré tôt et ça m'a permis de faire  la deuxième épreuve du concoures Spirou. Aucun souvenir sur le thème en question, mais je sais que je recevais chaque semaine les trois magazines clefs : Mickey, Spirou et Tintin. Un voisin s'était abonné pour moi. Il faut dire que c'était une façon de remercier ma grand-mère maternelle qui préparait le repas du soir à ce veuf bien solitaire qui habitait un pavillon donnant sur un passage au 66 rue Hoche.  




La location des places au Théâtre National Populaire, que je connaissais depuis plusieurs années pour y avoir vu jouer "Peer Gynt" avec Daniel Ivernel et "Mère Courage et ses enfants" avec Germaine Montero, devait rester dans ma mémoire, comme un moment particulièrement fort qui me laisse un souvenir encore précis sur la manière dont Jean Vilar, metteur en scène légendaire et acteur non moins fabuleux, dirigeait une troupe qu'il avait rodée depuis la reprise du Festival d'Avignon, après la guerre.

L'auteur allemand dont le théâtre, le "Berliner Ensemble" était encore actif en 1960, comme je le découvrirai quatre ans plus tard, restait un incontournable des scènes de l'Ouest. Il l'est resté dans la programmation de Pierre Diependaële à la fin du XXème siècle, même s'il me semble un peu oublié dans ces temps d'une Europe en perte de mémoire.




Légendaire, en effet cette interprétation de "La Résistible Ascension d'Arturo Ui" !

J'écrivais ainsi : "C'est une satire parabole d'Hitler. L'histoire se passe à Chicago où un modeste travailleur des faubourgs de New York, devenu un terrible gangster, fait le racket du trust du choux fleur. Certains passages, qui me font penser au "Dictateur" de Charlot, sont désopilants ! C'est une pièce magnifique !"

Et de citer intégralement cet appel qui se perpétue : 

"Vous, apprenez à voir plutôt que de rester les yeux ronds. 

Agissez au lieu de bavarder. 

Voilà ce qui pour un peu dominé le monde ! 

Les peuples ont fini par en avoir raison.

Mais il ne faut pas nous chanter victoire, hors de saison. 

Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde."

Des mots qui pourraient encore figurer à titre d'avertissement dans une Europe toujours déchirée et menacée, sous les regards d'un Président sans morale, face à un Président sans pitié.

Les références théâtrales n'étaient pas terminées pour autant.

J'ai aussi écouté à la radio "Ruy Blas" de Victor Hugo, retransmis depuis la Comédie Française. "Magnifiquement joué dans une mise en scène de Raymond Rouleau "qui en a rajouté dans le baroque . Mais les journaux lui ont surtout reproché d'avoir introduit des nains inutiles. Mais c'est une des plus belles créations de cette saison."

Ainsi se termine le carnet N°4, double anniversaire donc, d'un début annuel et d'une fin temporaire, puisque je vais ouvrir au plus vite le N°5. 



Raymond Rouleau dans Ruy Blas.

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