De février à mars 1961, une disparition et une soirée dans les camps de la mort.
Pour avoir découvert la danse classique, de loin, grâce aux "Activités musicales des jeunes" et à la présentation pédagogique de Serge Lifar à la salle Pleyel, j'avais été conforté dans le fait qu'il y avait deux chorégraphes à Paris, le second étant le Marquis de Cuevas.
Je cite : "Et il me faudra attendre une année (1959), juste avant la rentrée des classes, pour aller voir la compagnie du Marquis au Théâtre des Champs-Elysées, à l'occasion du premier spectacle où Rudolf Noureev, transfuge de l'URSS, peu de temps auparavant, conquiert le public parisien."
Mais le jeudi 23 février, je déplore sa disparition : "Journée de deuil également car le Marquis de Cuevas, mécène de la danse, s'est éteint d'un cancer. Riche personnage excentrique, ancien ami de Serge de Diaghilev, il a consacré sa vie et sa fortune à un art : la danse.
Dépensant sans compter (200 millions par an), il avait monté "La Belle au bois dormant", en se ruinant presque totalement. C'est un grand homme et un protecteur des arts que l'on vient de perdre".
On voit bien là mon admiration sans doute un peu excessive !
Et pourtant, j'atteins le 1er mars au soir avec une pièce dramatique dont, par opposition avec ces épisodes chorégraphiques fondés sur la légèreté de la danse, j'avais tout oublié.
Précieux Carnets de mémoire !
"Ce soir, une pièce de Fanny Marette : "J'étais le N°47677". C'est l'affreux récit de sa déportation, de la perte morale et corporelle dans toutes les épreuves subies, les vexations, les femmes considérées comme du bétail. C'est l'atrocité d'une guerre sans nom et qui pourtant a une ombre fantastique et redoutable; Hitler, le monstre".
Ce sera sans doute le premier camp "concret", Ravensbrück, dont j'entendrais parler, en dehors de "Nuit et brouillard" d'Alain Resnais, découvert avec ma prof d'allemand au lycée en seconde, puis du film : "Le chagrin et la pitié" de Marcel Ophüls, que je découvrirais, effrayé, au début des années 70, avant de visiter Buchenwald grâce à l'Association "Les Rencontres", en compagnie de Jack Ralite et bien entendu, en suivant Guy Dockendorf en 2018 en Autriche et en Slovénie sur le système d'enfermement et d'extermination de Mauthausen.
Mais de paroles sur la douleur de la Seconde Guerre Mondiale par mes proches qui l'ont pourtant vécue dans leurs chairs, aucun souvenir, ou presque !
J'y reviendrai. Avec tout le respect que je leur dois.
Même si les photographies familiales qui me sont parvenues ont scellé, petit à petit, ces dernières années, tout mon respect et renforcé mon amour rétrospectif.


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