Jusqu'à la mi-mai en travaillant et en rencontrant pour la première fois un récit sur Buchenwald.

 


Prisonniers de Buchenwald


Après des événements historiques intenses et le retour au calme en Algérie, le mois de mai s'écoule comme un long fleuve tranquille.

J'aligne les devoirs, les compositions avec un apprentissage des fleuves de France.

En dehors de la pause des dimanches musicaux et de celle de l'Ascension, comme de celle du premier mai, le 9 mai me propose "une journée de grève dans toute la France".

Passionnant !

A cette époque, comme aujourd'hui, une grève en mai n'avait rien d'étonnant ! Mai 1968 serait un mois plus mémorable, mais je n'y suis pas encore ! 

D'ici là, je devrai explorer quelques carnets de la fin des années 60.

Cependant, le point que je retiens de cette période studieuse et un peu morne, se développe dans mon carnet N°6 le vendredi 12 :




"Journée d'été où j'ai pu faire une lecture très marquante. Il s'agissait du récit très direct  d'un homme qui a passé près de deux années  dans des camps de concentration pendant la Seconde Guerre Mondiale".



Préparation à la guerre. Fin des années 30. Mon père avec sa raie au milieu d'une chevelure éclatante de jeunesse.


Si les périodes de guerre ont été régulièrement évoquées par les membres de ma famille et si mon père racontait régulièrement  sa captivité, j'ai dû mettre beaucoup de temps à me réapproprier des bribes de conversation qui fassent sens toutes ensemble : transport de tracts tapés par ma mère sténo dactylo à la SNCF, sortie en vélo de mon grand-père Penette dans les rues de Paris libéré où les balles arrivaient encore des fenêtres des immeubles près de la Gare d'Austerlitz, ou encore, voyages en train en Normandie pour le ravitaillement semi clandestin.

Un peu comme des séquences de film en noir et blanc. 

Mais les conséquences des années de prisonnier de mon père ne figuraient plus sur son visage et sur son corps, telles que je peux les constater sur deux photographies de Fêtes de Noël dans une ferme ou une briqueterie du Nord de l'Allemagne.

Un semi mutisme sur les réalités, sinon la litanie de mon père lors des réunions de famille : "Quand j'étais prisonnier" et le sempiternel début des repas festif : "Encore un que les Allemands n'auront pas" !  




Mais dans ce récit, je m'aperçois que j'avais pris connaissance du camp de Buchenwald que je visiterai quelques années plus tard lorsque Weimar sera "Capitale européenne de la Culture" (1989) et que je ferai la connaissance de la Gräffin Marie-Louise Von Plessen, responsable de la conception de l'exposition d'interprétation de l'histoire de la ville et de Jack Ralite, ancien ministre communiste du premier gouvernement de gauche en 1981 et inlassable promoteur de la culture à Aubervilliers.


Revenons au récit sur Buchenwald

"Ce fut d'abord l'atroce voyage vers l'Allemagne depuis Fresnes, dans un wagon à bestiaux, entassés à cent vingt hommes, dans boire pendant cinq journées et sans rien à manger. Puis l'arrivée dans le camp de Buchenwald, dans un froid terrible. Les prisonniers de toutes nationalités étaient obligés de travailler à moitié nus dans la neige et où la solution la plus recherchée était la mort par crémation dans des fours.

Les humiliations étaient constantes. On cite le cas d'un homme condamné à rester dans une niche pour chiens et à aboyer au passage des soldats SS.

Le seul soutien était la croyance en Dieu à la quelle quelques âmes plus fortes se rattachaient comme des êtres perdus à la dérive serrent une planche sur les eaux furieuses." 




Et par la même occasion me revient soudain le post que j'ai écrit le 11 janvier 2009 en sur Imre Kertès

Un jour, j’ai reçu par la poste une grande enveloppe en papier kraft. Elle m’avait été envoyée par le directeur du mémorial de Buchenwald, M.Volkhard Knigge. Il avait joint à ses cordiales félicitations une autre enveloppe, plus petite, dont il précisait le contenu, pour le cas où je n’aurais pas la force de l’affronter. A l’intérieur, il y avait une copie du registre journalier des détenus du 18 février 1945.

Dans la colonne « Abgänge », c’est-à-dire « pertes », j’ai appris la mort du détenu numéro soixante-quatre mille neuf cent vingt et un, Imre Kertész, né en 1927, juif, ouvrier.

Les deux données fausses, à savoir ma date de naissance et ma profession, s’expliquent par le fait que lors de leur enregistrement par l’administration du camp de concentration de Buchenwald, je m’étais vieilli de deux ans pour ne pas être mis parmi les enfants et avais prétendu être ouvrier plutôt que lycéen pour paraître plus utile."





Je vais relire le "Kadish pour un enfant qui ne naîtra pas" et penser à mon père, simple prisonnier de guerre qui ne connaîtras pas ni de près, ni de loin les camps d'extermination.

Mais pourtant, travailleur forcé, jusqu'à l'épuisement, partageant ses faibles rations avec ses copains de misère, dont l'un, lors d'un voyage familial à Allauch en 1969, témoignera pour moi de cette période où mon père, selon ses propres termes lui a "sauvé la vie".




Et à côté de sa maigreur douloureuse photographiée en 1941, je joins dans mes albums photographiques mémoriels celle où il me transporte, quand j'avais trois ans, sur le solex qu'il avait emmené par le train sur la Côte d'Azur.

Les premières vraies vacances d'après guerre.

Rayonnant, certainement bronzé, mais encore bien maigre.  

Mais ce sera l'objet d'un autre post !

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