La mi-mai est arrivée : entre renouveau de la nature et disparitions des icônes (1)


Samedi 13 mai 1961 :

"Nouvelle journée d'un soleil éclatant et brûlant dont les rayons bienfaisants et régénérateurs semblent vouloir enfin faire se mouvoir, vers une nouvelle années, les plantes qui, jusque là, restaient squelettiques et chétives."

Amour des plantes qui a certainement compté pour ma vocation professionnelle première. Mais aussi, fascination pour un grand jardin, articulé sur deux espaces où mes parents, mes grands-parents et mon grand-oncle, apportaient un soin vivrier particulier, tout en y protégeant des cactées et des cyprès rapportés des espaces méditerranéens qui les ont marqués à diverses époques de leurs vies.



Plantes exotiques de mon jardin d'enfance. Cliché MTP.


Je m'en persuade, en 1961, à cette époque d'un climat encore tempéré, même si, après plusieurs étés caniculaires dans le Bassin parisien, je n'écrirais plus aujourd'hui de la même manière envieuse : 

"Cet élément de la nature (le retour du soleil) est le plus utile qui existe et c'est pourquoi les gens des pays ensoleillés ont un esprit vif, alerte, enjoué et acéré comme l'Astre auquel ils s'identifient".



                                  Greve in Chianti au printemps. Cliché MTP.


Cette année-là, je n'avais pourtant pas encore lu "Noces", ces nouvelles d'Albert Camus, comparant le climat de son Oranais natal à celui de la Toscane. Ce que j'ai fait depuis, en 2017, pour préparer mon intervention pour le 30ème anniversaire des Itinéraires culturels : 

"L'Arno noir et doré, les monuments jaunes et verts, la ville déserte, comment décrire ce subterfuge si soudain et si adroit par lequel Pise à dix heures du soir se change en un décor étrange de silence, d'eau et de pierres. « C'est par une nuit pareille, Jessica ! » 

Sur ce plateau unique, voici que les dieux paraissent avec la voix des amants de Shakespeare... Il faut savoir se prêter au rêve lorsque le rêve se prête à nous. Le chant plus intérieur qu'on vient chercher ici, j'en sens déjà les premiers accords au fond de cette nuit italienne. 

Demain, demain seulement, la campagne s'arrondira dans le matin. Mais ce soir, me voici dieu parmi les dieux et, devant Jessica qui s'enfuit « des pas emportés de l'amour », je mêle ma voix à celle de Lorenzo. Mais Jessica n'est qu'un prétexte, et cet élan d'amour la dépasse. 

Oui, je le crois, Lorenzo l'aime moins qu'il ne lui est reconnaissant de lui permettre d'aimer. Mais pourquoi songer ce soir aux Amants de Venise et oublier Vérone ? 

C'est qu'aussi bien rien n'invite ici à chérir des amants malheureux. 

Rien n'est plus vain que de mourir pour un amour."

Qui sait ?



Greve in Chianti l'été. Cliché MTP.

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