Un été 1960, du Nord au Sud (1) Colombes et Bonneuil-sur-Marne
Je reprends après pratiquement un an la lecture de mes
carnets des années 60 qui ont transité entre Strasbourg et Neuvecelle, pour
finalement revenir à Paris, non loin de leur source.
La défection de Wordpress, après celle de l’espace web
offert par le quotidien « Le Monde », puis mon retour vers
Paris, m’ont laissé en quelque sorte sur le bord de la route de l’écriture pour
les réseaux de blogs que j’avais ouverts en 2021 et 2022.
C’est le cas en ce qui concerne les « Instantanés »
dont les posts d’humeur ont remplacé ceux de « Mémoire d’Europe »
qui me permettaient de purger des sentiments de colère politique et sociale, mais
aussi de poser des repères sur les voyages et les rencontres qui constituaient
mon quotidien dans les années 2000.
Je sais que la naissance de cet espace européen doit beaucoup
à la mobilisation de Marie contre le CPE et à la nécessité que j’ai alors
ressentie de garder des repères, dans un calendrier de plus en plus accéléré.
Aujourd’hui mon rythme s’est calmé. Au plus près de
mes « sorties » parisiennes, ce sont les textes de Marcel Proust qui m’ont réconcilié avec le temps retrouvé.
D’autres espaces, plus spécialisés se sont accrochés aux
thèmes des Itinéraires culturels qui me tiennent certainement le plus à cœur :
Parcs et Jardins, Coopérations culturelles et touristiques européennes, Villes thermales, Soie et Textile.
Il m’arrivera encore certainement d’y revenir.
Des tiroirs où se côtoient les traces de tous les
documents perdus lors des déménagements ou jetés par mes parents. Ils
réapparaissent, comme par enchantement !
L’année 1960 s’était certes avancée depuis le dernier
post théâtral sur la représentation historique du « Neveu de Rameau »,
atteignant, comme pour une grande respiration la période des vacances tant
attendue.
Du début juillet, à la fin août, mon entourage familial
m’a offert l’occasion de voyages exceptionnels.
Des clefs de compréhension, en effet ! J’ai bien
dit !
Le cahier des vacances en Autriche, un des rares gardé
intact, est extrêmement détaillé. Un parcours en train et sans doute en
car postal : Bâle, Schaffhausen, Constance, Innsbruck, Salzbourg, Vienne, Munich,
Stuttgart et Strasbourg.
Voilà un périple qui restera fondateur et sur lequel
je reviendrai certainement, tant il est détaillé et comporte des centaines de
cartes postales et de documents illustratifs.
Il révèle, de plus, une sorte de contact prémonitoire
avec la ville où j’allais passer quelques années : la capitale de l’Alsace.
Selon une habitude qui restera pour le moins
décennale, le mois d’août se déroule en partie chez ma grand-mère maternelle à
Bonneuil-sur-Marne. Mais cette année-là, le séjour sera écourté et ne durera
que du 9 au 14 août.
Ce séjour s’achevait inéluctablement, sauf justement en 1960 (et
en 1958 pour la visite de l’Expo à Bruxelles) avec la Fête de l’Humanité.
Un repère aussi fort dans le calendrier francilien de cette époque où le Parti
Communiste recueillait encore trente pour cent des votes, que pour les conférences
du Général de Gaulle. Une fête qui annonçait avec une ou deux semaines d’avance,
la rentrée des classes.
Il sera en effet interrompu par un voyage inattendu avec
mes grands-parents paternels.
Même si j’avais franchi la frontière espagnole avec ma
mère, pour séjourner chez des amis à San Sébastian, avant même de rentrer à l’école
communale de Colombes - des photographies en attestent – il s’agissait cette
fois d’aller visiter de plus près les lieux emblématiques de la jeunesse et de
l’adolescence de mon grand-père Penette.
C’est la raison pour laquelle je consacrerai un second
post plus développé à cet horizon pyrénéen.
Je me dois en effet de mieux comprendre ce qui relie les
territoires de l’avant-guerre et de l’après-guerre du Sud-Ouest français de la
famille Penette, à l’émigration en Argentine, tout autant qu’à l’émigration rurale,
moins aventureuse celle-là, qui conduit la famille Thomas / Paul de la Brie vers la
capitale.
La période du 30 juillet au 9 août se caractérise par
le classement des cartes postales que je viens par miracle de retrouver,
insérées dans mon cahier de voyage et aussi par l’écoute émerveillée de disques achetés en Autriche
– en particulier deux sonates de Beethoven, la « Clair de lune »
et la « Pathétique ». Mais dans ces pages, je digresse aussi longuement
sur la musique autrichienne de la famille Strauss.
Pour le reste, le jardin de Colombes, retrouvé après
le grand périple commencé le 4 juillet, nécessite nettoyage et récolte :
« Il s’est embelli de fleurs : glaïeuls
et pourpiers. Mais l’herbe a vite poussé avec le temps pluvieux. Les rosiers
grimpants se sont allongés vers le soleil, les tomates sont mûres, tandis que
les bassins contenaient sept petits poissons de plus, nés dans l’été. »
Inutile de dire que j’aimais ces bassins de ciment,
façonnés par mon père où j’apportais régulièrement au printemps des œufs de
batraciens : grenouilles et tritons, qui devaient terminer leur vie dans
un aquarium pendant l’hiver, s’ils ne finissaient pas auparavant dans la gueule
des chats du voisinage.
Si je retrouve avec ravissement les traces de périodes
de jeu de société : le « Monopoly » ou le « Nain
jaune » qui ont dû épuiser mes grands-mères, je suis aussi heureux de faire
ressurgir les promenades avec mon père le long des quais de la Seine et aux
Tuileries. Promenades qui me font souvenir des toutes premières descentes,
depuis les Buttes Chaumont, avec un beau bateau à voiles qui voguait sur les
bassins, à proximité du Louvre. C’était avant mes cinq ans et le déménagement à
Colombes.
« Nous nous sommes promené le long des
boutiques des marchands de graines et de plantes et avons acheté chez Vilmorin
du trèfle blanc pour mélanger à la pelouse. Nous avons côtoyé les boutiques d’animaux
(petits oiseaux des îles, perruches, tourterelles, cobayes, couleuvres, lézards
et souris blanches). Nous sommes ensuite revenus par le Louvre et l’Arc de Triomphe
du Carrousel. »
Par contraste, je retrouve aussi l’écoute, plus
passive, d’une lecture à une voix du « Chapeau de paille d’Italie »
de Labiche par l’ineffable voix de Pierre Bertin. Mais aussi, Antigone »
de Sophocle par la Comédie française, une pièce que je trouve mortelle, au sens
propre, puisque je note : « cinq morts ». Mais, dans les
archives de la radio, je devrais peut-être aussi trouver « Yachao ou le
sculpteur de masques »…« une pièce très dramatique avec
Arlette Thomas ».
Sortie exceptionnelle avec des voisins de ma grand-mère :
« Je suis allé au cinéma avec Monsieur et Madame Chapillon. Nous avons vu « Les cinq sous de Lavarède » avec Fernandel. » En dehors du fait que j’admirai cet acteur – en particulier pour ses prestations dans les Don Camillo, films pour lesquels je me souviens de queue interminables certains dimanches devant le Gaumont Palace, j’adorais ces voisins qui partageaient leurs récoltes potagères avec ma grand-mère : salades et tomates contre des poires et parfois, des recettes de cuisine.
Même s’ils
habitaient dans la cave de leur pavillon, qui jouxtait, rue Anatole France, celui
de ma grand-mère « pour ne pas faire de poussière dans les étages »,
ils disposaient d’un poste de télévision – noir et blanc, bien sûr - et m’ont
permis de découvrir trois ans plus tard les premières émissions de
Jean-Christophe Averty.
En dehors des sonates de Beethoven et des opérettes
viennoises, des retransmissions wagnériennes du Festival de Bayreuth, de l’écoute
chez mes grands-parents paternels de 78 tours d’avant-guerre sur une platine à
aiguilles, certaines retransmissions radiophoniques me semblent,
rétrospectivement, plus insolites. Ainsi le « Meurtre dans lacathédrale » de Eliot sur une musique d’Ildebrando Pizzetti que je ne pense pas avoir écouté de nouveau depuis.
Mais je me rassure en revenant au séjour de Mozart à Mannheim, une ville où je me rendrai pratiquement cinquante années plus tard,
un cinq décembre pour célébrer à la fois l’itinéraire culturel consacré au musicien, le
vingtième anniversaire du programme des itinéraires culturels et l’anniversaire
de la mort précoce du divin compositeur.
« Les mille histoires de la musique
présentaient le séjour de Mozart à Mannheim au moment où il espérait obtenir
une place à la chapelle du Prince électeur et où il demandait à donner des
leçons de piano pour assurer sa nourriture et celle de sa mère qui le suivait. »
Je suis toutefois réellement étonné de constater que j’envoyais
et recevais des cartes postales de mes camarades de lycée. Il est vrai que les
sms et les réseaux sociaux n’étaient pas encore inventés. Ainsi, je retrouve la
trace d’un courrier de Gérard Lhomoy que Facebook m’a permis de
retrouver il y a quelques années.
Encore un pont entre les siècles !
Les quatorze août, en effet, retour à Colombes où les
diapositives prises en Autriche sont arrivées. Il faut se souvenir qu’à l’époque,
on envoyait les rouleaux de films chez la firme Kodak qui, après plusieurs
semaines, faisait parvenir en retour des boîtes de diapositives, boîtes dont je
conserve encore une collection d’origine.
Le seize août enfin, s’inaugure la seconde partie itinérante de l'été :
« Très beau voyage depuis huit heures, au
départ de la Gare d’Austerlitz par Ivry-sur-Seine, Vitry et son usine d’appareils
électriques de précision, puis on suit la Seine jusqu’à Juvisy, puis on passe à
Savigny-sur-Orge et son château des XVème – XVIIIèmer siècles, le donjon de Montlhéry,
Lardy et son château de Mansart et Le Nôtre et son église Saint Martin…c’est
ensuite la forêt d’Orléans, Blois et son château, la Loire et ses bancs de
sable, Chaumont, Amboise, Tours, Angoulême et ses maisons creusées dans la
roche et enfin Bordeaux et le grand port
sur la Garonne ainsi que les constructions de bateaux… »
Comme on le voit, je retranscris une lecture attentive du Guide
bleu qui, à l'époque, mettait uniquement en avant la description des parcours en train et m’aidait ainsi à préparer tous mes voyages.
Mais je m’arrête là, pour reprendre mon carnet aux pages qui concernent Dax et surtout
Mont de Marsan, nos premières étapes.








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